21-03-2026 Régulation des ESOD, une étude qui fait réagir les réseaux !
Gestion des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts : remettre en perspective la récente étude du MNHN
Depuis quelques jours les réseaux sociaux s'emballent : une étude publiée par des chercheurs du Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN) démontrerait l'absurdité de la gestion des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD). Face à cet emballement médiatique, il convient d'analyser en détails le résultat de cette étude et la manière dont elle a été construite.
Avant toute chose, il faut rappeler que les auteurs mobilisent plusieurs années de données nationales et utilisent des modèles statistiques pour poser une question intéressante : la régulation des espèces ESOD réduit-elle réellement les dégâts déclarés ?
Cependant, les chercheurs soulignent plusieurs limites à leur analyse. Et pour cause. Outre l'hasardeuse monétisation du temps bénévole des chasseurs présentée peu ou prou comme une dépense publique, les données de déclaration de dégâts des ESOD utilisées dans l'analyse posent une réelle interrogation.
En effet, ces données déclaratives n'ont jamais eu l'ambition de répondre à un objectif scientifique, mais à disposer d'une évaluation minimale du niveau de dommages subis par les particuliers, les agriculteurs et les collectivités, afin de déclencher ou non la classification en tant qu'ESOD dans un département donné.
Aujourd'hui cet outil imparfait – puisque toutes les victimes de dégâts n'ont pas d'obligation de déclaration – répond de manière satisfaisante aux objectifs fixés par l'Etat, et la Fédération Départementale des Chasseurs de la Haute-Garonne comprend bien qu'il soit difficile, voire impossible, de tirer des conclusions dans un cadre autre que celui pour lequel il a été conçu.
Les scientifiques et les associations animalistes proposent donc maintenant de refondre ce système pour répondre à des objectifs scientifiques. C'est méconnaître les contraintes techniques, économiques et organisationnelles d'une telle demande ; contraintes qui échappent d'ailleurs souvent à la logique des idéologues et des professionnels trop éloignés des problématiques du terrain.
Obtenir une estimation parfaitement protocolée et vérifiée supposerait en réalité des moyens considérables que n'ont ni l'Etat, ni les Fédérations, ni aucune structure naturaliste : expertises systématiques, identification certaine des espèces responsables, vérifications économiques détaillées, interventions de prestataires, devis... Une usine à gaz inenvisageable dans une logique de déploiement opérationnel, mais éventuellement réalistes dans le cadre d'une étude scientifique sérieuse, précise et localisée.
Dans ce contexte, il paraît essentiel de ne pas faire dire aux données plus qu'elles ne peuvent réellement montrer et de savoir raison garder quant aux conclusions de l'étude du MNHN. Ces travaux rappellent surtout que la gestion de la faune sauvage repose sur des systèmes d'information à grande échelle, construits pour répondre de manière pragmatique à des besoins concrets émanant des habitants, des agriculteurs et des collectivités.
Plutôt que d'instrumentaliser ces travaux scientifiques, il serait sans doute plus utile d'ouvrir une réflexion collective associant scientifiques, gestionnaires, fédérations des chasseurs et associations naturalistes sur l'amélioration progressive des outils de suivi et des moyens de régulation des populations animales, où chacun pourrait apporter son expertise au regard de ses compétences et de ses enjeux.
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