16-03-2026 CynObs Repro Perdreau : bilan 2024–2025 et perspectives
Deux ans d'observations pour mieux connaître la Perdrix rouge d'Occitanie
Fédérations des Chasseurs d'Occitanie · Programme financé par l'OFB (Fonds Écocontribution) et la FNC
La Perdrix rouge (Alectoris rufa) est l'une des espèces gibier les plus emblématiques d'Occitanie. Présente dans les garrigues héraultaises, les plaines céréalières du Gers, les causses de l'Aveyron ou les coteaux du Tarn, elle est à la fois un indicateur de la qualité des milieux agricoles ouverts et un gibier traditionnel fortement ancré dans la culture cynégétique régionale. Pourtant, en dehors des territoires suivis localement par les fédérations départementales, l'état réel des populations à l'échelle de l'Occitanie restait jusqu'à récemment difficile à évaluer.
C'est pour combler ce manque que le programme CynObs Repro Perdreau a été lancé. Deux ans après son démarrage, ce bilan présente ce qui a été accompli, ce que les données nous permettent d'affirmer — et ce qu'elles ne permettent pas encore. Il explique aussi comment chacun peut contribuer à franchir un cap décisif pour la qualité des analyses.
Un réseau inédit : deux ans de mobilisation en Occitanie
Le principe est simple : chaque observateur volontaire signale, via l'application Vigifaune, les Perdrix rouges qu'il observe entre février et fin mai, période qui correspond à la formation des couples reproducteurs avant la ponte. Les données sont automatiquement géolocalisées et intégrées à une base commune.
Les résultats de ces deux premières saisons témoignent d'une mobilisation remarquable :
| 2 637 | 537 | 13 | 18 912 |
| observations de couples (fév.–mai 2024–2025) | observateurs volontaires actifs sur 2 saisons | départements d'Occitanie couverts | observations toutes espèces confondues enregistrées |
Note méthodologique : le chiffre de 2 637 observations de couples correspond aux observations de Perdrix rouge avec exactement 2 individus notés, sur la période fév.–mai 2024–2025
Tableau de bord de l'Opération Repro Perdreau
Ce que nous avons appris : la carte des zones de reproduction
Le premier résultat majeur du programme est cartographique. En agrégeant deux saisons de données sur une grille de mailles de 10 × 10 km, nous disposons d'une image précise de la répartition des contacts de Perdrix rouge à l'échelle de la région.

Cette carte met en évidence plusieurs résultats cohérents avec l'écologie de l'espèce :
- La Perdrix rouge est absente ou très rare dans les massifs montagneux ou boisés, conformément à son inféodation aux milieux ouverts et chauds.
- Les densités de contacts les plus élevées se concentrent dans un arc allant de l'Hérault et de l'Aude jusqu'au Gers, en passant par le Tarn et le Tarn-et-Garonne.
- La répartition observée converge avec les connaissances de terrain des fédérations départementales, ce qui constitue un premier signal de cohérence des données du réseau — sans toutefois constituer une validation formelle de la distribution de la Perdrix rouge.
Cette cartographie constitue un outil de gestion utile : elle permet de cibler les territoires prioritaires pour les actions de préservation de l'habitat et d'identifier les secteurs sur lesquels la présence de l'espèce mérite confirmation par des relevés plus systématiques.
Peut-on améliorer la cartographie de la Présence – Absence de la Perdrix rouge
La limite fondamentale des observations opportunistes
Disposer de nombreuses observations ne suffit pas à calculer une cartographie de présence-absence fiable. Pour qu'une telle carte soit valide, il faut pouvoir répondre à cette question : l'absence de donnée signifie-t-elle l'absence de l'espèce ou l'absence de prospection ? C'est ce qu'on appelle un biais d'effort d'observation. Dans un dispositif d'observations opportunistes comme le nôtre, cet effort n'est pas mesuré directement, c'est la principale limite actuelle pour produire une analyse de distribution.
L'approche par liste complète : une piste méthodologique à tester
| Qu'est-ce que la List Length Analysis ? La « List Length Analysis » (LLA) est une méthode statistique (Szabo et al., 2010) permettant d'estimer des tendances de distribution à partir de données opportunistes. Elle utilise le nombre total d'espèces notées lors d'une session comme un indicateur (proxy) de l'effort de prospection. En intégrant cette variable dans un modèle de régression, on peut corriger les variations de l'effort de terrain et isoler le signal biologique réel. Cette méthode transforme une simple observation en une donnée de présence-absence, permettant ainsi de modéliser statistiquement la probabilité de détection de l'espèce cible. |
Vers un protocole amélioré : trois ajustements, un gain majeur
Le programme entre dans une phase charnière. Les premières pistes méthodologiques sont explorées et les conditions de faisabilité d'une amélioration des analyses sont en cours d'évaluation. Ce qui fera la différence pour les deux prochaines saisons, c'est l'amélioration de la qualité des données collectées.
La méthode LLA, pour pouvoir être appliquée dans sa forme statistique rigoureuse, requiert trois conditions que nos données ne remplissent pas encore pleinement :
- Un panel d'observateurs suffisamment nombreux, bien répartis sur le territoire et stable d'une saison à l'autre (présents sur trois saisons consécutives minimum).
- Une mesure systématique de l'effort : chaque session doit comporter la liste complète de toutes les espèces observées, pas seulement la perdrix.
- Une standardisation des horaires de prospection, pour rendre les sessions comparables entre elles.
Ces trois conditions peuvent être atteintes avec des ajustements minimes dans la pratique de saisie — sans modifier en rien les habitudes de terrain :
| Ajustement | Quand ? | Pourquoi c'est important ? |
| Lister toutes les espèces de la sortie | À chaque sortie (fév.–mai) | Permet de calculer la longueur de liste comme proxy de l'effort de prospection |
| Sortir de préférence avant 10 h | Sorties matinales, fév.–mai | Homogénéise la fenêtre temporelle |
| Indiquer le nombre exact d'individus | À chaque obs. de perdrix | Distingue individus solitaires, couples probables (nombre = 2) et groupes |
Aux actuels et futurs « Observateurs Vigifaune », vous êtes la clé de voûte de ce programme
Aucun modèle statistique, aussi sophistiqué soit-il, ne peut compenser un manque de données de qualité. L'amélioration de la démarche analytique repose entièrement sur votre engagement et sur quelques ajustements simples dans vos pratiques de saisie.
En adoptant le réflexe de noter toutes les espèces lors de vos sorties, vous ne changez rien à votre pratique d'observateur. Mais vous contribuez à construire un nouvel ensemble de données — une étape indispensable avant qu'une véritable cartographie de présence - absence puisse être validé.
Trois actions concrètes pour la saison 2026 :
1. Dans Vigifaune, notez toutes les espèces que vous observez lors de vos sorties pour localiser les couples de Perdrix rouge.
2. Les Perdrix sont matinales : avant 10h, vous aurez plus de chance de les observer !
3. Indiquez le nombre exact d'individus : 1 = individu solitaire · 2 = couple supposé · 3 = groupe. En période de reproduction, deux perdrix proches sont supposées former un couple cantonné.
Un grand merci à l'ensemble des observateurs qui ont contribué depuis 2024. C'est grâce à vous que nous disposons aujourd'hui d'une image inédite de la répartition de la Perdrix rouge en Occitanie. Et c'est grâce à vous, demain, que nous pourrons en mesurer l'évolution de façon rigoureuse.
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